Rebatir un mur en pierre sèche à la Valette ( 38 )

Parc des Ecrins

C’est dans un petit village d’une cinquantaine d’habitants, bordant le parc des Ecrins, que je suis allé me perdre dernièrement. J’y ai rejoint l’équipe de l’association URM ( Université rurale Montagnarde ) chez qui j’ai fait mes premières armes en maçonnerie et restauration du patrimoine. L’idée était donc pour moi d’intervenir en tant qu’animateur technique afin d’encadrer et de transmettre les techniques de maçonnerie en pierre sèche à un groupe de jeunes. Je n’ai malheureusement pu rester que 2 jours sur la semaine que comptait les travaux, mais nous avions déjà pu aborder la plupart des techniques durant ce temps.

Chantier pierre sèche

Il s’agissait ici d’un mur de soutènement en pierre sèche, à différencier des murs de clôture qui, eux, ont deux parements et ne servent que de délimitation. L’objectif était de reprendre les parties effondrées du vieux mur et de les rebâtir. Simple, sur le papier, mais l’action du temps et des hommes complique un peu la tâche.

En effet, une fois le mur écroulé, la terre ravine derrière, les végétaux s’installent ( souvent les moins sympa comme les ronces ) et les pierres qui ont pu tombé au sol disparaissent, emmenées par des personnes qui en auraient eu besoin.

Autant dire qu’avant d’attaquer la maçonnerie, un gros travail en amont s’impose :

– Décaisser la terre en trop derrière le parement à rebâtir
– Enlever les souches des arbres trop proches
– Dégager les végétaux incrustés dans les parties encore saines du mur
– Approvisionner en pierres pour rebâtir

Chantier pierre sèchesouche d'arbre  Chantier pierre sèche

Pour ce qui est de la préparation du mur, nous avions des bras et ils étaient motivés, autant dire que les jeunes ont abattu un travail impressionnant. En une seule journée presque la totalité de la surface était dégagée.

Chantier pierre sèche

Pour l’approvisionnement en pierre, nous avons reçu l’aide d’un agriculteur qui avait quelques pierres encombrante dans ses champs. C’est donc avec plaisir qu’il nous en a apporté quelques mètres cubes avec son tracteur.

C’est au deuxième jour que le remontage du mur à été entamé. Nous étions deux professionnels à encadrer ce chantier. Le matin j’aidais à choisir les pierres de bon calibre dans les pierriers, et l’après midi petit remontage du mur avant d’être interrompu par un orage.

Mur en pierre sècheMur en pierre sècheMur de soutènement en pierre sèche

Ci-dessus la partie rebâtie par le collègue tailleur de pierre.
Et ci-dessous la partie que j’ai entamée avec quelques jeunes.

Mur en pierre sèche Mur en pierre sèche

Les pierres sont très peu travaillées car très difficile à tailler, d’ailleurs sur le mur d’origine l’aspect est peu soignée car le rôle de ces mur est essentiellement de retenir la terre. Il faut néanmoins veiller à ce que l’appareillage soit correct pour ne pas voir le mur s’effondrer dans quelques décennies.

On essaye régulièrement de créer des lits de pierres droits, on appelle cela une assise, ce qui permet de croiser les joints de pierres et de solidifier l’ouvrage. On évite de poser les pierres avec une pente vers l’extérieur ( le dévers ) pour éviter que le mur ne « gonfle » ou que des pierres se déchaussent.

Mur en pierre sèche

On dispose derrière les grosses pierres, de petites pierres, ou bien les pierres qui ne sont pas assez jolies pour être disposées en parement. Cela permet de créer un drain naturel qui empêche l’eau de ruissellement de se charger de terre et donc de venir pousser le mur.

Voilà le chantier tel que je l’ai quitté, j’essayerai de me procurer une photo du mur fini.

Mur en pierre sèche

Chantier réalisé à la Valette, près de Grenoble dans l’Isère.

 

Un mur en pierres sèches dans le Beaujolais

Un client souhaitait réaliser un mur de soutenement, la première chose qui lui vint à l’idée était de poser des agglos creux, avec ferraillage et une bonne grosse dose de béton pour tenir le tout. Autant dire que dans un village typique en pierre dorée du beaujolais je trouvais cela un peu… dommage. Je lui ai alors proposé un mur en pierre sèche. Pierre sèche ? Kesako ? Comment ça il n’y a pas de ciment ? Mais ça tient comment ? Telles sont les questions du néophyte en la matière. Quelques explications :

mur pierre sèche, pierres dorées

Le mur en pierre sèche est un mur ou il n’y a en tout et pour tout que de la pierre. Le mur est maintenu par son propre poids, cela implique un appareillage très soigné et un calage minutieux des pierres pour les bloquer. Sur un mur de soutenement il y a grosso modo 2 appareillages possibles : régulier ou opus incertum. L’opus incertum consiste à organiser les pierres de manière non régulière, un genre de « chaos organisé », la pierre dorée étant un calcaire lité, cette pierre ce prête d’avantage à un appareillage régulier, avec des assises droites. En gros on dispose les pierres en rangs, et si on est exigent en posant la règle et le niveau tout doit être droit. Autant dire que pour beaucoup c’est se compliquer la vie et que les artisans maçons rechignent un peu à proposer ce type d’ouvrage. Qu’importe ! La pierre sèche est avant tout affaire de passion et de respect du travail réalisé par les anciens qui n’avait pas les mêmes moyens qu’aujourd’hui. Et encore, avec zéro moyen et du temps, ils sont parvenu à réaliser des ouvrages aujourd’hui multi-centenaires, objectif que le béton armé aura du mal à tenir.Décaissement fondations mur en pierre sèche

Bref revenons à nos moutons, comment monte t’on un mur en pierres sèches ? Tout d’abords il faut commencer par décaisser et préparer les fondations. Travail fastidieux quand on se trouve sur un socle rocheux, mais en même temps gage de stabilité pour l’ouvrage. Une fois que l’on à pu obtenir une semelle de départ à peu prêt droite, on peu monter le premier rang, puis le deuxième pour arriver à quelque chose de réellement plan. Chaque pierre doit avoir 5 de ses 6 face totalement droites, sans bosses, ni pentes vers l’extérieur ( le dévers ), ce qui demande du coup un peu de taille de pierre. Si les pierres proviennent d’un banc bien droit, ou que l’on commande des moellons déjà équarris ce travail est réduit, si comme moi on décide de prendre les pierres du terrain… accrochez vous, ce sont des journées de tailles qui vous attendent. Qu’importe ça forge l’âme, c’est en taillant que l’on devient un bon maçon du patrimoine, c’est ce que je me dit du moins.

premier rang pierre sèche

mur en pierre sèche, pierre dorée de Charnay mur en pierre sèche, pierre dorée du beaujolais

Il est courant que même en ayant un pierre bien droite, celle-ci une fois posée ait encore  du jeu. Pour cela on va utiliser des « fourrures », non pas celle des animaux ! Les fourrures sont les résidus de la taille de pierre, des éclats fin avec un angle très aigus. Idéal pour caler les grosses pierres. Et enfin derrières les pierres de parement on ne va pas mettre directement de la terre, mais de petites pierres sans formes particulière, le reste des résidus de la taille de pierre. Cela a pour but de faciliter l’écoulement de l’eau, c’est un drain naturel. Comme quoi en pierre sèche, il n’y a pas de déchets, tout se réutilise.

mur pierre sèche, pierres dorées mur pierre sèche, moellons équarris

Chantier réalisé à Charnay, près de Lyon, dans le Rhône.